Action privilégiée

Preferred Share en anglais

Définition rapide

L'action privilégiée est un titre hybride : elle verse un dividende fixe avant le dividende ordinaire et passe avant les actions ordinaires en cas de liquidation, mais elle ne comporte habituellement aucun vote et capte peu de la croissance de l'entreprise.

À mi-chemin entre l'action et l'obligation

L'action privilégiée se situe entre l'action ordinaire et l'obligation dans la structure de capital d'une entreprise, et elle emprunte des traits aux deux. Comme une obligation, elle verse un revenu fixe : le taux du dividende est établi à l'émission, et au Canada les actions privilégiées sont typiquement émises à une valeur nominale de 25 $ par action. Comme une action, ce versement est un dividende plutôt que de l'intérêt, et le titre n'a pas de date d'échéance.

Le « privilège » est une position dans la file, à deux titres. L'entreprise doit verser le dividende privilégié en entier avant de verser quoi que ce soit sur ses actions ordinaires, et en cas de liquidation, les détenteurs d'actions privilégiées sont remboursés avant les actionnaires ordinaires, mais toujours après tous les créanciers et détenteurs d'obligations. En échange, les actionnaires privilégiés n'ont habituellement aucun vote et presque aucun potentiel de hausse : si l'entreprise triple de valeur, les actions ordinaires triplent et les privilégiées continuent surtout de verser leur dividende fixe.

Les types : perpétuelles et à taux révisable

Une action privilégiée perpétuelle verse le même dividende fixe pour toujours, ou jusqu'à ce que l'émetteur la rachète. Sans date d'échéance, son prix se comporte comme celui d'une obligation très longue : très sensible aux taux d'intérêt à long terme, il monte quand ils baissent et baisse quand ils montent.

La structure typiquement canadienne est l'action privilégiée à taux révisable, et elle domine le marché canadien des actions privilégiées. Son dividende n'est pas fixé pour toujours : tous les cinq ans, le taux est révisé à un écart, fixé à l'émission, au-dessus du rendement des obligations du gouvernement du Canada de 5 ans. À chaque date de révision, les détenteurs peuvent habituellement choisir entre un nouveau taux fixe de cinq ans ou une version à taux flottant, et l'émetteur obtient le droit de racheter à la valeur nominale.

Un mot honnête sur le comportement des actions privilégiées à taux révisable : le mécanisme de révision coupe dans les deux sens. Quand les rendements gouvernementaux montent, les prochaines révisions promettent des dividendes plus gros, ce qui soutient les prix. Quand les rendements baissent, la même mécanique broie dans l'autre sens : chaque révision verrouille un dividende plus petit, et les prix peuvent chuter durement, ce qui a surpris bien des investisseurs qui les avaient achetées comme substitut prudent de revenu. Ce n'est pas la tranquillité du revenu fixe; c'est une opinion à effet de levier sur la direction des rendements de 5 ans, enveloppée dans un dividende.

Pourquoi les entreprises en émettent, et qui les achète

Pour l'émetteur, les actions privilégiées lèvent du capital sans diluer la propriété et le contrôle des actionnaires ordinaires, et sans ajouter de dette qui pourrait peser sur les cotes de crédit. Pour les banques et les assureurs, les plus gros émetteurs canadiens, les actions privilégiées tendent aussi à compter favorablement dans le capital que les régulateurs les obligent à détenir, une raison discrète mais importante de la forte présence bancaire dans ce marché.

Les acheteurs sont surtout des chercheurs de revenu qui détiennent des comptes imposables. Les dividendes privilégiés des sociétés publiques canadiennes sont généralement des dividendes déterminés, qui profitent du crédit d'impôt pour dividendes, de sorte que le dividende d'une action privilégiée peut laisser plus après impôt que l'intérêt d'une obligation au même taux affiché. Cet avantage fiscal est le cœur de l'argumentaire, et il est réel; les risques qui l'entourent suivent.

Les risques

On vend souvent les actions privilégiées pour leur revenu stable, mais le prix de ce revenu est un ensemble précis de risques :

  • La sensibilité aux taux d'intérêt. Les perpétuelles baissent quand les taux longs montent; les actions à taux révisable baissent quand les rendements de 5 ans reculent. Dans les deux cas, les taux mènent les prix, et des variations de 20 % ou plus sur un cycle n'ont rien d'inhabituel.
  • Le risque de prolongation. L'émetteur ne rachète que lorsque cela l'arrange. Une action privilégiée que vous pensiez voir rachetée à 25 $ peut rester en circulation révision après révision, versant un dividende amoindri pendant que vous attendez.
  • Une liquidité mince. Les émissions individuelles sont petites et se négocient peu : les écarts entre cours acheteur et vendeur sont larges, et vendre dans un marché tendu peut vouloir dire accepter un prix décevant.
  • Le rachat à la valeur nominale. Quand les taux évoluent en votre faveur et qu'une action privilégiée se négocie au-dessus de 25 $, l'émetteur peut souvent la racheter à la valeur nominale, plafonnant votre gain précisément quand tout va bien.

Actions privilégiées vs obligations

La comparaison à garder claire : l'intérêt d'une obligation est une obligation légale, et un versement manqué est un défaut; un dividende privilégié peut être suspendu sans en déclencher un, même si l'émetteur doit alors cesser aussi les dividendes ordinaires, ce que les entreprises réelles évitent à presque tout prix. Les obligations arrivent à échéance et remboursent leur valeur nominale à une date connue; la plupart des actions privilégiées n'arrivent jamais à échéance, donc aucune date ne vous promet le retour de votre capital. Et les obligations passent avant les actions privilégiées en cas d'insolvabilité. L'action privilégiée est donc plus risquée que les obligations de la même entreprise, et elle compense par un rendement plus élevé et un meilleur traitement fiscal. Que l'échange en vaille la peine dépend de votre taux d'imposition et de votre tolérance aux fluctuations, pas du mot « privilégiée ».

Au Canada

Le marché canadien des actions privilégiées a une saveur bien à lui : dominé par les banques, les assureurs, les services publics et les pipelines, bâti autour de la convention de la valeur nominale de 25 $, et, fait inhabituel parmi les marchés mondiaux, composé surtout de structures à taux révisable. Plusieurs FNB détiennent de larges paniers d'actions privilégiées canadiennes, ce qui règle la liquidité mince des émissions individuelles, mais pas le comportement de la catégorie face aux taux d'intérêt.

Parce que les dividendes sont admissibles au crédit d'impôt pour dividendes, les actions privilégiées ont surtout leur place dans les comptes imposables. Dans un compte enregistré, l'avantage fiscal est gaspillé, et une obligation de qualité comparable fait souvent le même travail avec moins de remous.

Exemple concret

Une banque émet une action privilégiée à taux révisable à 25 $ avec un dividende initial de 5 %, soit 1,25 $ par année, établi comme un écart de 3 % au-dessus d'un rendement des obligations du gouvernement du Canada de 5 ans à 2 % au moment de l'émission.

Cinq ans plus tard, la révision arrive. Si le rendement de 5 ans est tombé à 1 %, le nouveau dividende est de 4 %, soit 1,00 $ par année, et le cours fléchit pour garder le rendement compétitif. Si au contraire le rendement de 5 ans est monté à 3 %, le dividende est révisé à 6 %, soit 1,50 $, et le cours se maintient près de la valeur nominale ou mieux, à moins que la banque rachète simplement les actions à 25 $ pour se refinancer à meilleur coût. Un seul titre, trois issues très différentes, toutes menées par un seul rendement obligataire gouvernemental.

Révisé par ·Mis à jour août 2026

Questions fréquentes

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