Bénéfices non répartis
Retained Earnings en anglais
Définition rapide
Les bénéfices non répartis sont le cumul des profits qu'une entreprise a conservés depuis sa création au lieu de les verser aux propriétaires. Ils figurent du côté des capitaux propres du bilan et augmentent ou diminuent avec le résultat de chaque année.
Le total cumulé des profits conservés
Chaque année, une entreprise dégage un profit (ou une perte) et décide de la part remise aux propriétaires. Ce qui reste s'ajoute aux bénéfices non répartis. L'arithmétique tient en une ligne : solde d'ouverture + bénéfice net - dividendes ou retraits = solde de clôture.
Commencez l'année avec 100 000 $ de bénéfices non répartis, gagnez 60 000 $ de bénéfice net, versez 25 000 $ de dividendes, et vous terminez l'année avec 135 000 $. Répétez ce calcul chaque année depuis la fondation et vous obtenez le solde actuel : les bénéfices non répartis sont toute l'histoire de l'entreprise comprimée en un seul chiffre.
Ce qu'ils ne sont pas : une pile d'argent
C'est la confusion classique, alors nommons-la clairement : les bénéfices non répartis ne sont pas de l'argent qui dort dans un compte. Une société peut afficher 500 000 $ de bénéfices non répartis et 10 000 $ à la banque, sans que rien ne cloche.
Les bénéfices non répartis vivent du côté des capitaux propres du bilan; ils indiquent d'où le financement est venu (des profits conservés, plutôt que de la dette ou d'une mise de fonds), pas où il est allé. L'argent lui-même a été mis au travail depuis longtemps et vit maintenant du côté de l'actif : équipement, stocks, comptes clients et, parfois, encaisse. Demander « où sont mes bénéfices non répartis? » revient à interroger le mauvais côté du bilan. Pour savoir combien d'argent les profits ont réellement produit et où il est passé, lisez l'historique des flux de trésorerie, pas la section des capitaux propres.
Quand le chiffre devient négatif
Si les pertes accumulées dépassent les profits accumulés, les bénéfices non répartis deviennent négatifs, et les comptables renomment la ligne déficit. C'est courant et pas automatiquement inquiétant chez les jeunes entreprises qui ont beaucoup investi avant d'atteindre la rentabilité. Cela devient sérieux quand une entreprise mature affiche un déficit qui grossit : les pertes grugent la mise des propriétaires année après année.
La décision annuelle : conserver ou distribuer
Pour un propriétaire incorporé, les bénéfices non répartis incarnent une vraie décision prise chaque année. Conserver : les profits restent dans la société pour financer la croissance, après avoir été imposés seulement au taux corporatif, c'est-à-dire, pour la plupart des petites entreprises exploitées activement, le taux réduit offert par la déduction pour petite entreprise. Distribuer : l'argent sort en dividendes, imposés de nouveau entre les mains du propriétaire.
La logique du report en une ligne : l'argent gardé dans la société par actions ne subit pour l'instant que le faible impôt corporatif, ce qui laisse plus de dollars au travail, et la facture d'impôt personnel n'arrive que lorsque vous vous payez enfin.
Au Canada
Dans la déclaration T2, les bénéfices non répartis apparaissent au bilan IGRF, et la section des capitaux propres de l'annexe 100 doit se recouper d'une année à l'autre : le solde de clôture de l'an dernier plus le bénéfice de l'année moins les dividendes doit égaler le solde de clôture de cette année, l'une des premières vérifications de cohérence que font l'ARC et les prêteurs. La décision conserver ou distribuer est au coeur de la planification des propriétaires-dirigeants canadiens, habituellement tranchée chaque année avec un comptable, en parallèle de la question salaire ou dividendes.
Exemple concret
La firme-conseil incorporée de Dev a commencé l'année avec 80 000 $ de bénéfices non répartis. Cette année, elle a gagné 70 000 $ de bénéfice net et versé 30 000 $ de dividendes à Dev : le solde de clôture est donc de 120 000 $. Mais le compte bancaire ne contient que 20 000 $. Le reste de l'histoire se trouve du côté de l'actif : au fil des ans, la société a acheté 40 000 $ d'équipement, porte 35 000 $ de factures clients impayées et a remboursé un prêt de démarrage de 25 000 $. Les bénéfices non répartis sont bien réels, et ils sont entièrement investis dans l'entreprise, pas empilés dans un coffre.
Révisé par Alexandre Bernier, CFP®, CIM®, PFP®·Mis à jour août 2026