REEI (Régime enregistré d'épargne-invalidité)
RDSP (Registered Disability Savings Plan) en anglais
Définition rapide
Le régime enregistré d'épargne-invalidité (REEI) est un compte à long terme pour les Canadiens admissibles au crédit d'impôt pour personnes handicapées. Les cotisations ne sont pas déductibles, mais Ottawa verse jusqu'à 3 500 $ de subventions et 1 000 $ de bons par année, le bon sans aucune cotisation requise.
Qui peut ouvrir un REEI
Un REEI peut être ouvert pour toute personne approuvée pour le crédit d'impôt pour personnes handicapées (CIPH), qui possède un numéro d'assurance sociale, qui réside au Canada et qui est assez jeune : le régime doit être ouvert au plus tard à la fin de l'année où le bénéficiaire atteint 59 ans. Le bénéficiaire est la personne handicapée. Le titulaire, qui ouvre et gère le régime, peut être le bénéficiaire lui-même, un parent ou un représentant légal. Le régime s'ouvre auprès d'une institution financière participante, et un seul REEI peut exister par bénéficiaire à la fois.
L'approbation du CIPH est la porte d'entrée de tout ce qui suit. Si vous ou votre enfant pourriez y être admissible et n'avez jamais fait la demande, cette seule démarche débloque non seulement un crédit d'impôt, mais tout le programme du REEI, y compris des dizaines de milliers de dollars de dépôts gouvernementaux potentiels.
Les cotisations : pas de déduction, presque pas de limites
Les cotisations au REEI fonctionnent autrement que dans un REER. Elles ne sont pas déductibles d'impôt, et il n'y a aucune limite annuelle, seulement un plafond à vie de 200 000 $ par bénéficiaire (en date de juillet 2026). Il n'y a pas de droits de cotisation à accumuler ou à suivre, et n'importe qui peut cotiser avec la permission écrite du titulaire : grands-parents, frères et sœurs et amis peuvent déposer directement.
Les cotisations sont permises jusqu'à la fin de l'année où le bénéficiaire atteint 59 ans. À l'intérieur du régime, cotisations, subventions, bons et croissance des placements fructifient tous à l'abri de l'impôt jusqu'au retrait. Peu de familles s'approchent un jour du plafond de 200 000 $; pour la plupart, la bonne cible annuelle est simplement le montant qui capte chaque dollar de subvention disponible.
La subvention : une contrepartie jusqu'à 300 %
La Subvention canadienne pour l'épargne-invalidité (SCEI) est la raison pour laquelle le REEI bat régulièrement tous les autres comptes pour les épargnants admissibles. Le gouvernement verse une contrepartie dont le taux dépend du revenu familial net ajusté, et au palier de revenu inférieur, la contrepartie atteint 300 %.
Au palier inférieur, une cotisation de 1 500 $ attire la pleine subvention annuelle de 3 500 $ : 3 $ pour chaque dollar sur les premiers 500 $, puis 2 $ pour chaque dollar sur les 1 000 $ suivants. C'est un rendement instantané de 233 % avant toute croissance des placements. Les subventions sont versées jusqu'à la fin de l'année où le bénéficiaire atteint 49 ans, jusqu'à un maximum à vie de 70 000 $.
Un détail qui surprend les familles : à partir de l'année où le bénéficiaire atteint 19 ans, c'est son propre revenu familial qui compte, pas celui de ses parents. Beaucoup de bénéficiaires adultes à revenu modeste se retrouvent au palier généreux même si leurs parents n'y ont jamais été. Le revenu d'une année donnée est mesuré à partir des déclarations produites deux ans plus tôt : produisez donc une déclaration chaque année, même sans revenu, sinon subventions et bons peuvent être retardés ou amputés.
| Revenu familial net | Taux de contrepartie | Subvention annuelle maximale |
|---|---|---|
| 106 717 $ ou moins | 300 % sur les premiers 500 $, 200 % sur les 1 000 $ suivants | 3 500 $ |
| Plus de 106 717 $ | 100 % sur les premiers 1 000 $ | 1 000 $ |
Le bon : de l'argent gratuit, sans cotisation requise
Le Bon canadien pour l'épargne-invalidité (BCEI) n'exige aucune cotisation. Si le revenu familial net est de 35 000 $ ou moins (en date de juillet 2026), le gouvernement dépose le plein 1 000 $ de l'année simplement parce que le régime existe. Le bon diminue graduellement au-dessus de ce seuil et tombe à zéro à 53 359 $. Le maximum à vie est de 20 000 $, et comme la subvention, les bons sont versés jusqu'à la fin de l'année où le bénéficiaire atteint 49 ans. Le versement est automatique dès que le régime existe : le gouvernement vérifie le revenu chaque année et dépose ce à quoi le bénéficiaire a droit.
Voici la phrase la plus importante de cette page : ouvrez le REEI même si vous ne pouvez pas y déposer un seul dollar. Un bénéficiaire à faible revenu qui ouvre un régime sans jamais cotiser peut quand même recevoir jusqu'à 20 000 $ de bons au fil du temps, plus les montants de rattrapage décrits ci-dessous. Laisser le compte fermé, c'est laisser de l'argent garanti sur la table.
Le report : réclamer jusqu'à 10 ans d'argent manqué
Les droits aux subventions et aux bons s'accumulent depuis 2008, l'année de création du programme, ou depuis l'année où le bénéficiaire est devenu admissible au CIPH, selon la plus tardive des deux. Les droits inutilisés des 10 dernières années peuvent encore être réclamés : ouvrir un régime tardivement peut donc déclencher plusieurs années de dépôts gouvernementaux d'un coup.
Les paiements de rattrapage sont plafonnés chaque année : jusqu'à 10 500 $ de subventions et jusqu'à 11 000 $ de bons dans une même année (en date de juillet 2026). La contrepartie de rattrapage s'applique d'abord aux taux les plus élevés disponibles, ce qui rend une grosse cotisation dans une année de rattrapage exceptionnellement payante.
La règle des 10 ans : pourquoi l'argent du REEI doit rester en place
Chaque dollar de subvention et de bon reçu dans les 10 années précédant un retrait fait partie du montant de retenue (assistance holdback). Quand de l'argent sort du régime, le gouvernement récupère 3 $ de subventions et de bons pour chaque dollar retiré, jusqu'à concurrence du montant de retenue complet. Un retrait de 1 000 $ alors que 20 000 $ d'argent gouvernemental récent est dans la fenêtre déclenche un remboursement de 3 000 $.
La conclusion pratique : le REEI est un véhicule à long horizon. Les retraits n'ont de sens qu'une fois l'argent gouvernemental sorti de la fenêtre, idéalement 10 ans ou plus après la dernière subvention ou le dernier bon. C'est pourquoi un régime typique cesse de recevoir subventions et bons à 49 ans et commence à verser vers 60 ans, sans aucun remboursement.
Les retraits : PAI et PVI
Les retraits prennent deux formes : les paiements d'aide à l'invalidité (PAI), ponctuels, et les paiements viagers pour invalidité (PVI), récurrents, qui doivent continuer à vie une fois commencés. Les PVI deviennent obligatoires dans l'année où le bénéficiaire atteint 60 ans, avec un montant annuel établi par une formule qui répartit la valeur du régime sur l'espérance de vie restante du bénéficiaire plus trois ans.
L'imposition est proportionnelle. La part de chaque retrait qui représente vos propres cotisations sort libre d'impôt; la part qui représente les subventions, les bons et la croissance des placements est imposable pour le bénéficiaire, qui a généralement peu d'autres revenus et paie souvent peu ou pas d'impôt. Comparez avec un REEE, où le même partage s'applique à l'étudiant, ou un CELI, où rien n'est imposé mais rien n'est bonifié : pour un épargnant admissible au CIPH avec un long horizon, les subventions et les bons du REEI dépassent habituellement de loin ce que tout autre compte peut offrir.
Au Canada
Les actifs et les retraits du REEI sont exemptés de la plupart des prestations gouvernementales fondées sur le revenu. Les programmes fédéraux n'en tiennent pas compte, et les programmes provinciaux et territoriaux d'aide sociale et de soutien aux personnes handicapées exemptent généralement l'épargne et les paiements du REEI en totalité ou en grande partie. Pour bien des familles, c'est l'argument décisif : le REEI est l'un des seuls moyens de bâtir une épargne significative pour une personne handicapée sans gruger les prestations dont elle dépend.
Le Québec n'offre aucune bonification provinciale au REEI; il n'existe pas d'équivalent invalidité de l'incitatif provincial qui bonifie les REEE au Québec. La subvention et le bon fédéraux s'appliquent toutefois de façon identique dans toutes les provinces, et les règles d'aide sociale du Québec exemptent généralement les actifs et les retraits du REEI, comme ailleurs au pays.
Exemple concret
Sophie a 30 ans, est admissible au CIPH depuis 2019, et son revenu familial net est de 32 000 $. Elle ouvre un REEI en 2026 avec 0 $. Le bon lui verse 1 000 $ pour l'année courante plus 7 000 $ de rattrapage pour 2019 à 2025 : 8 000 $ d'argent gouvernemental sans avoir cotisé un sou. L'année suivante, des proches lui donnent 1 500 $ à déposer : à son revenu, la subvention verse 300 % sur les premiers 500 $ et 200 % sur les 1 000 $ suivants, soit 3 500 $ de plus, et ses droits de subvention inutilisés signifient que des dépôts plus importants pourraient attirer jusqu'à 10 500 $ de subventions dans une seule année. Au milieu de la trentaine, son régime contient bien plus d'argent gouvernemental que le sien, le tout fructifiant à l'abri de l'impôt jusqu'aux versements qui commenceront au plus tard à 60 ans.
Termes liés
Révisé par Alexandre Bernier, CFP®, CIM®, PFP®·Mis à jour juillet 2026