Courbe des taux
Yield Curve en anglais
Définition rapide
La courbe des taux est une ligne qui trace les taux d'intérêt du gouvernement du Canada selon l'échéance, des bons du Trésor de 3 mois aux obligations de 30 ans. Sa forme, ascendante, plate ou inversée, résume les attentes des marchés et influence discrètement les prix des hypothèques et des CPG.
Lire la courbe
Chaque jour, le marché met un prix sur le fait de prêter au gouvernement du Canada pour différentes durées. Tracez ces rendements selon l'échéance, du bon du Trésor de 3 mois jusqu'à l'obligation de 2, 5, 10 et 30 ans, reliez les points, et vous obtenez la courbe des taux.
Elle a l'air d'un modeste graphique technique, mais c'est l'une des images les plus surveillées de la finance, parce qu'elle condense en une seule ligne les attentes collectives du marché sur la croissance, l'inflation et les taux futurs.
Ce qui détermine chaque extrémité
Les deux extrémités de la courbe obéissent à des maîtres différents. L'extrémité courte, les bons et obligations qui échoient d'ici un an ou deux, colle au taux directeur de la Banque du Canada : un titre qui arrive bientôt à échéance ne peut payer qu'à peu près ce que la banque centrale paie maintenant, ajusté selon les prochaines décisions anticipées.
L'extrémité longue, 10 ans et plus, appartient aux attentes. Un rendement de 30 ans est surtout un pari sur l'inflation moyenne et la croissance économique sur des décennies, plus une compensation pour immobiliser l'argent aussi longtemps. La banque centrale ne l'influence qu'indirectement, par la crédibilité de son contrôle de l'inflation.
Les trois formes
La courbe passe sa vie à osciller entre trois formes de base :
- Normale (ascendante) : les rendements longs dépassent les courts. Les prêteurs exigent un supplément de rendement, une prime de terme, pour immobiliser leur argent plus longtemps et assumer plus de risque d'inflation. C'est la posture par défaut de la courbe dans une économie calme.
- Plate : les rendements courts et longs se rejoignent presque. Les marchés s'attendent à ce que le taux directeur redescende vers les niveaux de long terme, souvent une phase de transition entre les deux autres formes.
- Inversée : les rendements courts dépassent les longs. Les marchés anticipent des baisses de taux importantes, habituellement parce qu'ils s'attendent à un ralentissement de l'économie.
Le lien avec les hypothèques
La courbe est le moteur caché des prix du marché hypothécaire canadien. Une hypothèque à taux fixe se calque sur le rendement des obligations du gouvernement du Canada de durée équivalente : le fixe de 5 ans, le plus populaire, suit le rendement fédéral de 5 ans, plus une marge pour les coûts, le risque et le profit du prêteur. Une hypothèque à taux variable suit plutôt le taux préférentiel, qui bouge avec le taux directeur à l'extrémité courte.
Les deux types d'hypothèques vivent donc à des points différents de la courbe, et la forme de celle-ci décide lequel paraît le moins cher un jour donné. Avec une pente normale ascendante, le variable part sous le fixe, le schéma que la plupart des emprunteurs croient permanent. Quand la courbe s'inverse, la logique bascule : les rendements de 5 ans tombent sous les taux courts, et les taux fixes peuvent passer sous les taux variables. Les emprunteurs qui « savent » que le variable part toujours moins cher sont souvent surpris de voir l'étiquette du fixe plus basse; la courbe l'explique.
L'inversion : le fameux signal de récession
Une courbe inversée a la réputation d'être l'avertissement de récession du marché obligataire, et cette réputation est méritée : les inversions ont précédé la plupart des récessions modernes au Canada et aux États-Unis. La logique est simple. Les taux courts sont élevés parce que la banque centrale serre la vis; les taux longs sont plus bas parce que les investisseurs s'attendent à ce que ce resserrement ralentisse l'économie et force des baisses.
Les mises en garde honnêtes comptent autant que le signal. Le délai entre l'inversion et un éventuel ralentissement a varié de quelques mois à quelques années, la profondeur de l'inversion dit peu de choses sur la suite, et le signal s'est déjà déclenché sans qu'aucune récession ne suive. Une courbe inversée est un baromètre à respecter, pas un compte à rebours.
Ce que cela signifie pour les épargnants
Les tableaux de taux des CPG sont une photocopie de détail de la courbe. Les banques se financent sur les mêmes échéances : quand la courbe est normale, un CPG de 5 ans paie plus qu'un CPG de 1 an. Quand la courbe s'inverse, le tableau bascule aussi, et un CPG de 1 an peut rapporter plus que celui de 5 ans. Ce menu inversé est tentant, mais il comporte un risque de réinvestissement : à l'échéance du CPG court, les taux courts élevés qui le rendaient attrayant auront peut-être disparu. Verrouiller un taux long légèrement plus bas, ou échelonner les termes, est souvent la réponse la plus solide.
Au Canada
La Banque du Canada publie chaque jour les rendements de référence du gouvernement du Canada pour les échéances clés, et la courbe canadienne bouge en gros avec la courbe américaine, beaucoup plus grosse, sans toutefois la suivre pas à pas. Ce qui rend la courbe particulièrement lourde de conséquences au Canada, c'est le point de 5 ans : parce que le terme de 5 ans domine les hypothèques canadiennes, un mouvement à un seul endroit de la courbe se transmet au marché immobilier plus vite et plus directement que dans les pays où les prêts fixes de 30 ans sont la norme.
Exemple concret
Supposons que le taux directeur a été relevé pour combattre l'inflation et que la courbe s'inverse : le bon de 3 mois rapporte 5 %, tandis que l'obligation de 5 ans rapporte 3,5 % (chiffres illustratifs). Le taux préférentiel se situe près de 7,2 %, alors une hypothèque variable est offerte autour de 6,3 %. Le fixe de 5 ans, calqué sur le rendement obligataire de 3,5 % plus une marge, est offert à 5 %. Le taux fixe se trouve 1,3 point sous le variable, l'inverse du schéma habituel. L'emprunteur qui choisit le variable parie implicitement que les baisses anticipées par le marché obligataire arriveront assez vite, et iront assez loin, pour battre le taux fixe en moyenne sur cinq ans.
Révisé par Alexandre Bernier, CFP®, CIM®, PFP®·Mis à jour août 2026