Séquence de retrait fiscale à la retraite au Canada 2026 : l'ordre qui sauve six chiffres
À la retraite, l'ordre compte autant que l'épargne. Deux couples canadiens peuvent atteindre 65 ans avec des portefeuilles identiques de 1,5 million $, des droits identiques au RPC et à la SV et un train de vie identique, et l'un des couples peut payer 200 000 $ d'impôt cumulatif supplémentaire pendant sa retraite simplement en décaissant ses comptes dans le mauvais ordre. Les mécaniques qui pilotent ce résultat sont la récupération de la SV, les sauts de taux marginal entre les tranches, le traitement asymétrique du revenu de FERR et du CELI, et le choix de fractionnement du revenu de pension à 65 ans. Cet article passe en revue le cadre pour séquencer les retraits des principaux comptes canadiens de retraite en 2026.
Le problème des trois caisses à la retraite
La plupart des retraités canadiens entrent en retraite avec trois ou quatre caisses de capital, chacune imposée différemment. La première est le REER, qui se convertit en FERR au plus tard le 31 décembre de l'année des 71 ans du titulaire, et dont tous les retraits sont entièrement imposables comme revenu ordinaire. La deuxième est le CELI, dont les retraits sont entièrement libres d'impôt et ne comptent dans aucune prestation testée selon le revenu. La troisième est le compte non enregistré, où les gains en capital sont imposés au taux d'inclusion de 50 % (la proposition à 66,67 % a été annulée en mars 2025) et les dividendes profitent du crédit pour dividendes.
Par-dessus ces trois caisses s'ajoutent deux flux gouvernementaux : le RPC (ou le RRQ au Québec) et la SV. Les deux sont imposables comme revenu ordinaire. La SV est sujette à une récupération (le clawback) au-delà d'un seuil annuel. Le RPC peut être demandé à tout moment entre 60 et 70 ans, avec des ajustements actuariels permanents pour une demande hâtive ou tardive. La décision de séquence consiste à combiner les retraits de chaque caisse avec le moment du RPC et de la SV pour minimiser l'impôt à vie.
Convention et pourquoi elle se trompe souvent
La séquence enseignée dans plusieurs cours de planification financière au Canada est non enregistré d'abord, puis REER/FERR, puis CELI en dernier. L'argument est que les actifs non enregistrés sont exposés à des distributions imposables annuelles, donc les liquider tôt arrête la fuite fiscale; les actifs REER/FERR continuent de croître à l'abri de l'impôt; et les actifs CELI continuent de croître libres d'impôt indéfiniment.
L'argument tombe pour deux raisons. Premièrement, le calendrier de retrait minimum du FERR force un retrait croissant à partir de 71 ans, sans égard aux préférences du retraité. Un retraité qui n'a pas décaissé son REER plus tôt peut se retrouver avec un solde FERR élevé qui pousse les minimums dans la zone de récupération de la SV. Deuxièmement, le fractionnement du revenu de pension à 65 ans change le coût des retraits de FERR : jusqu'à 50 % du revenu de FERR peut être attribué à un conjoint à plus faible revenu, faisant souvent baisser le taux marginal du ménage de façon substantielle.
La séquence corrigée que plusieurs planificateurs canadiens utilisent aujourd'hui met l'accent sur le décaissement REER dans les premières années de la retraite (souvent appelé fonte REER), utilise le CELI pour la gestion du taux d'imposition lorsque le revenu atteint la zone de récupération de la SV, et traite le non enregistré comme une caisse résiduelle à liquider selon ses avoirs précis et ses gains intégrés. Notre calculateur de retrait de retraite projette différentes séquences côte à côte.
Évitement de la récupération de la SV : le mur effectif à 46 %
La récupération de la SV en 2026 commence à 95 323 $ de revenu net (ligne 23400). Pour chaque dollar au-dessus du seuil, 15 % de la SV est récupérée par la déclaration, en plus du taux marginal d'impôt standard sur ce même dollar. Pour un Canadien dans la deuxième tranche combinée fédérale-provinciale la plus élevée (typiquement de 38 % à 46 % selon la province), l'impôt effectif sur chaque dollar supplémentaire de revenu FERR dans la zone de récupération est d'environ 46 % fédéral-provincial plus la récupération de 15 % de la SV, soit environ 61 %. Au Québec, où le taux combiné est plus élevé, le chiffre effectif peut dépasser 65 %.
Ce mur effectif explique pourquoi tant de plans de retraite sont construits pour rester sous le seuil de 95 323 $. Les outils incluent l'étalement des retraits REER sur les deux conjoints par le fractionnement du revenu de pension, le report du RPC à 70 ans pour réduire le revenu imposable dans les années à risque de récupération, le maintien de plus de croissance dans le CELI pour que les retraits soient libres d'impôt, et le calage de la réalisation des gains en capital sur le calcul de récupération année par année. Notre calculateur de récupération de la SV modélise l'exposition année par année.
Fractionnement du revenu de pension à 65 ans : ce qui change tout
Le fractionnement du revenu de pension du paragraphe 60.03 de la Loi de l'impôt sur le revenu permet à un pensionné d'attribuer jusqu'à 50 % de son revenu de pension admissible à un conjoint ou conjoint de fait. Avant 65 ans, la définition du revenu de pension admissible est étroite (rente viagère d'un régime de pension agréé). À 65 ans et plus, la définition s'élargit pour inclure les retraits de FERR, les retraits de FRV et certaines rentes.
Prenons un couple où un conjoint a un FERR de 1,2 million $ et l'autre conjoint a un revenu imposable minimal. Selon le calendrier minimum FERR 2026, un retrait obligatoire à 72 ans est de 5,40 % du solde, soit environ 65 000 $ dans ce cas. Déclaré sur une déclaration unique, ce revenu pousse le conjoint près du seuil de récupération de la SV et dans la tranche fédérale-provinciale à 38 %. Déclaré avec un fractionnement de 50 %, 32 500 $ sont imposés entre les mains du conjoint à plus haut revenu et 32 500 $ entre les mains du conjoint à plus faible revenu, souvent à un taux combiné de 20 % à 25 %. L'économie annuelle d'impôt peut être de 5 000 $ à 10 000 $ pour un ménage de cette taille, avec des écarts encore plus grands si le fractionnement maintient les deux conjoints sous le plancher de récupération de la SV.
Le choix se fait annuellement sur le T1032 (et l'annexe Q au Québec). Ce n'est pas un transfert d'argent; seule la déclaration est partagée.
Décaisser le REER avant 65 ans
Pour les Canadiens qui prennent leur retraite avant de demander le RPC et la SV (souvent de 60 à 64 ans), les années entre la retraite et le début des flux gouvernementaux sont souvent des années à très faible impôt. Pas de revenu d'emploi, pas de revenu de pension, et pas encore de RPC ni de SV. Remplir ces années avec des retraits REER planifiés à un taux marginal plus bas peut produire deux bénéfices : cela réduit le solde FERR éventuel à 71 ans et les minimums obligatoires qu'il impose, et cela libère des droits CELI puisque les fonds REER retirés (après impôt) peuvent être logés dans le CELI les années suivantes.
La stratégie fonctionne le mieux lorsqu'elle est combinée au report du RPC à 70 ans pour la prime à vie de 42 % (0,7 % par mois de report au-delà de 65 ans), comme l'explique notre guide RPC et RPC2. L'effet combiné de retraits REER hâtifs et d'une demande tardive du RPC est une courbe de revenu à vie plus lisse, avec des taux marginaux de pointe plus bas. Plusieurs Canadiens dans cette position choisissent d'utiliser les années tampons pour remplir délibérément la tranche fédérale à 14 % (le nouveau taux de première tranche en 2026) avec des retraits REER au taux fédéral de 14 % et provincial bas.
Le compromis est la liquidité et le risque de longévité. Les fonds REER retirés tôt sortent de l'abri, même si les dollars après impôt sont redéployés dans le CELI. La bonne réponse dépend de la taille de chaque caisse, de l'espérance de vie anticipée et de la tolérance au risque de séquence des rendements.
Retraits minimums du FERR à 71 ans
Au plus tard le 31 décembre de l'année des 71 ans du titulaire d'un REER, le REER doit être converti en FERR (ou utilisé pour acheter une rente immatriculée). À partir de 72 ans, un pourcentage minimum obligatoire doit être retiré chaque année, basé sur l'âge du titulaire (ou l'âge du conjoint si l'option est choisie, ce qui réduit le pourcentage). Les pourcentages minimums FERR 2026 commencent à 5,40 % à 72 ans et atteignent 20 % à 95 ans et plus.
| Âge | % de retrait minimum FERR |
|---|---|
| 71 (fin d'année) | Conversion obligatoire |
| 72 | 5,40 % |
| 75 | 5,82 % |
| 80 | 6,82 % |
| 85 | 8,51 % |
| 90 | 11,92 % |
| 95 et plus | 20,00 % |
Une fois le calendrier en marche, il n'y a pas de choix sur le minimum. La seule optimisation est de gérer le solde FERR à l'avance (retraits REER avant 71 ans) et d'utiliser l'élection sur l'âge du conjoint pour réduire le pourcentage. Notre calculateur FERR projette les minimums année par année.
CELI : la dernière caisse à toucher (habituellement)
Le CELI est typiquement la dernière caisse à décaisser parce que chaque dollar qui reste dedans croît libre d'impôt, chaque retrait restaure les droits de cotisation l'année suivante, et le revenu CELI ne compte dans aucune prestation testée selon le revenu, dont la récupération de la SV. La sagesse populaire de conserver le CELI le plus longtemps possible est correcte dans la plupart des cas.
Il existe deux situations où décaisser le CELI plus tôt a du sens. La première est la gestion de la récupération de la SV : dans toute année où le revenu de FERR pousserait le retraité dans la zone de récupération, remplacer une partie de ce retrait FERR par un retrait CELI baisse le revenu déclaré et récupère une portion de la SV. La deuxième est la planification successorale : un solde CELI passe en pleine roulade au titulaire remplaçant conjoint, mais à un bénéficiaire non conjoint la roulade est partielle (la croissance à compter de la date du décès devient imposable). Pour les retraités âgés ayant un CELI substantiel et pas de conjoint, décaisser le CELI plus tôt peut simplifier la succession.
Admissibilité au SRG pour les retraités à faible revenu
Le Supplément de revenu garanti (SRG) est la prestation fédérale pour les aînés à faible revenu de 65 ans et plus. Pour 2026, les aînés célibataires avec un revenu combiné sous environ 22 000 $ (excluant la SV) et les aînés mariés ou en union de fait avec un revenu combiné sous environ 29 000 $ (excluant la SV) sont admissibles à un SRG partiel ou complet. La prestation peut valoir 9 000 $ à 12 000 $ par année par individu au maximum.
Le point crucial pour la séquence de retrait est que les retraits CELI ne comptent pas dans le test de revenu du SRG, alors que les retraits FERR comptent dollar pour dollar. Pour un aîné qui anticipe être admissible au SRG, décaisser le CELI avant le FERR peut préserver le droit au SRG et produire un revenu net beaucoup plus élevé après prestation. C'est l'un des rares cas où l'ordre conventionnel (non enregistré, puis REER/FERR, puis CELI) s'inverse clairement : beaucoup de Canadiens à faible revenu bénéficient de vider leur REER avant de demander le SRG (souvent avant 65 ans) pour que le test du SRG ne voie que le CELI à la retraite.
Particularités du Québec : RRQ, calage et RQAP
Les résidents du Québec participent au RRQ plutôt qu'au RPC. Les taux et les ajustements actuariels sont harmonisés mais administrés par Retraite Québec. La même flexibilité s'applique : demander entre 60 et 72 ans, avec réductions pour une demande hâtive et primes pour une demande tardive.
La SV fédérale s'applique de façon identique au Québec. Le fractionnement du revenu de pension exige à la fois un T1032 fédéral et un choix à l'annexe Q du TP-1. Les taux marginaux du Québec étant généralement plus élevés, le fractionnement et l'évitement de la récupération de la SV sont proportionnellement plus précieux pour les retraités québécois.
Le RQAP est sans pertinence pour les retraités. Le crédit d'impôt pour solidarité est l'équivalent québécois du crédit TPS/TVH et est testé selon le revenu de façon similaire, donc la même logique CELI contre FERR s'y applique.
Planification successorale : désignation de bénéficiaire et homologation
Hors Québec, désigner un bénéficiaire directement sur un contrat REER, FERR ou CELI permet de contourner la succession et le processus d'homologation. Les fonds vont au bénéficiaire désigné hors testament, ce qui évite les frais d'homologation provinciaux (1,4 % en Ontario au-dessus de 50 000 $; plus bas ailleurs; nul au Québec).
Le Québec traite cette question différemment. Sous le Code civil, les désignations de bénéficiaire sur la plupart des comptes enregistrés ne sont généralement pas opposables à la succession; les fonds passent par la succession par défaut. Les Québécois qui souhaitent un résultat équivalent se fient souvent à des contrats d'assurance (qui permettent la désignation directe) ou à une rédaction testamentaire chez un notaire.
FAQ
Quel est le modèle mental le plus simple pour la séquence de retrait?
Pour plusieurs Canadiens, la règle de travail est : combler les années tampons (60 ans jusqu'à la demande du RPC/SV) avec des retraits REER à un taux plus bas; à partir de 65 ans, utiliser le fractionnement du revenu de pension pour gérer le FERR et le taux marginal combiné du ménage; toucher le CELI uniquement pour gérer la récupération de la SV ou pour la liquidité en fin de vie. Les comptes non enregistrés sont typiquement décaissés selon leurs gains intégrés précis et leur mélange de dividendes.
Faut-il reporter le RPC à 70 ans?
L'âge de seuil pour la prime de report est typiquement autour de 82 ans, c'est-à-dire qu'un retraité qui vit au-delà de 82 ans encaisse un RPC à vie plus élevé en reportant à 70 ans qu'en demandant à 65 ans. Pour des Canadiens en bonne santé avec longévité familiale, le report a souvent du sens, surtout combiné à la fonte REER dans les années tampons. Pour des retraités en mauvaise santé ou sans conjoint, une demande hâtive peut être plus adaptée. Notre calculateur RPC modélise le compromis à vie.
Et si j'ai un régime de pension à prestations déterminées?
Un régime à prestations déterminées change fondamentalement le calcul de séquence parce qu'il fournit un revenu à vie prévisible qui remplit le compartiment du revenu de pension admissible pour le fractionnement à tout âge. Les retraités avec un régime PD ont souvent moins besoin de retraits REER hâtifs parce que le seul revenu PD utilise déjà les tranches basses. Les mêmes retraités profitent encore souvent du fractionnement du revenu de pension et de la gestion de la récupération de la SV.
Comment est calculée la récupération de la SV chaque année?
La récupération reprend 15 % de chaque dollar de revenu net au-dessus de 95 323 $ (2026), jusqu'au montant annuel complet de la SV. Un retraité avec 115 323 $ de revenu net perd 15 % de 20 000 $, soit 3 000 $, de SV cette année-là. La SV est généralement éliminée en totalité à des revenus autour de 155 000 $. Le seuil est indexé à l'inflation chaque année. Notre guide de la récupération de la SV détaille le calcul.
Puis-je retirer de mon REER avant la retraite?
Oui, mais les retraits REER standards sont immédiatement imposables comme revenu ordinaire au taux marginal du titulaire, et les droits de cotisation utilisés ne sont pas restaurés. Deux programmes de retrait REER sont à imposition différée : le Régime d'accession à la propriété (RAP) pour une première habitation et le Régime d'encouragement à l'éducation permanente (REEP) pour les études à temps plein. Les deux doivent être remboursés dans le REER selon une période définie.
Qu'arrive-t-il au FERR au décès?
Un FERR peut se rouler à imposition différée vers un conjoint ou conjoint de fait survivant nommé comme rentier successeur ou comme bénéficiaire. Vers un bénéficiaire non conjoint, le solde FERR est généralement entièrement imposable dans la dernière déclaration du défunt, à l'exception de certains transferts vers un enfant ou petit-enfant financièrement à charge. Les résidents du Québec devraient consulter un notaire, les règles interagissant différemment avec le droit des successions.
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