Taux d'inclusion des gains en capital annulé : où en sommes-nous en 2026
Après plus d'un an d'incertitude législative, la hausse proposée du taux d'inclusion des gains en capital a été officiellement annulée. Si vous avez vendu un placement, une participation d'entreprise ou un immeuble locatif en 2024 ou 2025 en craignant une hausse soudaine de l'impôt, voici la clarté que de nombreux investisseurs attendaient. Le taux d'inclusion de 50 % demeure en vigueur, l'Exonération cumulative des gains en capital a été bonifiée, et le paysage de la planification pour 2026 s'est stabilisé sur des points importants. Cet article retrace la chronologie, présente des calculs concrets et répond aux questions encore posées lors des rencontres de planification de fin d'année.
La situation en 2026 : le taux d'inclusion de 50 % demeure
Pour l'année d'imposition 2026, seulement 50 % d'un gain en capital est inclus dans le revenu imposable, tout comme c'est le cas depuis octobre 2000. Il n'y a pas de taux d'inclusion plus élevé distinct pour les gains supérieurs à 250 000 $. Il n'y a pas de structure à deux paliers. La règle s'applique de la même façon aux sociétés, aux fiducies et aux particuliers : un gain de 100 000 $ sur un placement non enregistré ajoute 50 000 $ au revenu imposable au taux marginal du contribuable.
Pour la plupart des investisseurs canadiens, il s'agit de la règle en place depuis près de vingt-cinq ans, et 2026 est l'année où la poussière est finalement retombée après une période agitée. Cette clarté est précieuse, car elle élimine une variable de planification qui poussait à des décisions parfois précipitées en 2024 et 2025.
Chronologie de la saga
Avril 2024 : l'annonce initiale
Dans le budget fédéral d'avril 2024, le gouvernement précédent a proposé de faire passer le taux d'inclusion des gains en capital de 50 % à 66,67 % pour la portion des gains annuels d'un particulier supérieure à 250 000 $. Les sociétés et la plupart des fiducies auraient vu le taux de 66,67 % s'appliquer à tous les gains, sans seuil de 250 000 $. La date d'entrée en vigueur proposée était le 25 juin 2024.
Été 2024 à janvier 2025 : l'attente
Le changement avait été annoncé par voie d'avis de motion de voies et moyens, mais n'avait pas été adopté en loi avant la prorogation du Parlement. L'Agence du revenu du Canada avait publié des directives administratives indiquant qu'elle administrerait la mesure selon la proposition, même en l'absence de sanction royale. Les investisseurs se sont retrouvés dans une situation inconfortable, à produire leur déclaration selon une règle annoncée mais jamais adoptée.
31 janvier 2025 : report
Le ministère des Finances a annoncé un report de la date d'entrée en vigueur au 1er janvier 2026, laissant plus de temps au processus législatif et à la consultation des parties prenantes.
21 mars 2025 : annulation
Le gouvernement du premier ministre Carney a officiellement annulé la hausse proposée. Le ministère des Finances a confirmé le maintien du taux d'inclusion de 50 % et l'ARC a renversé sa position administrative pour refléter l'annulation. De nombreux investisseurs qui avaient cristallisé des gains à l'avance en raison de la proposition se sont retrouvés avec une facture fiscale qu'ils n'auraient pas eue autrement.
Pourquoi l'annulation
Le ministère des Finances a présenté l'annulation comme une reconnaissance que le taux proposé créait des problèmes de compétitivité et d'administration disproportionnés par rapport aux recettes anticipées. Les règles proposées comportaient aussi des dispositions transitoires complexes pour l'impôt minimum de remplacement des sociétés, l'intégration avec la déduction pour petite entreprise et le traitement des gains réalisés avant et après la date d'entrée en vigueur dans la même année d'imposition. Des parties prenantes, dont l'Association du Barreau canadien et Comptables professionnels agréés du Canada, avaient publiquement soulevé des préoccupations de rédaction et de conformité.
Le contexte politique a aussi joué. Avec un nouveau gouvernement et un autre dosage de mesures, le changement de taux d'inclusion n'était pas une priorité. L'annuler était une façon relativement simple de rétablir la certitude.
Ce qui a été conservé : l'EGCV portée à 1 250 000 $
Tout n'a pas été remis en cause dans le budget de 2024. L'Exonération cumulative des gains en capital (EGCV) sur la vente d'actions admissibles de petites entreprises et de biens agricoles ou de pêche admissibles a été portée à 1 250 000 $ (contre environ 1 016 836 $ en 2024). Il s'agit d'une bonification substantielle de l'exonération disponible sur les ventes d'entreprise réalisées au cours d'une vie, et elle est indexée pour l'avenir.
Pour les propriétaires de sociétés privées admissibles, l'effet est important : les premiers 1 250 000 $ de gain cumulatif sur des actions AAPE peuvent toujours être mis à l'abri de l'impôt, en plus du taux d'inclusion de 50 % qui s'applique au-delà du seuil. Pour les agriculteurs et les pêcheurs, le même principe s'applique aux biens admissibles.
Qui a profité de l'annulation
Les bénéficiaires les plus directs de l'annulation sont les personnes qui auraient été du mauvais côté du seuil personnel initial de 250 000 $ ou qui détiennent des placements dans une société. Ce groupe comprend :
- Les propriétaires de petites entreprises qui vendent des actions ou des actifs au-delà du bouclier de l'EGCV
- Les agriculteurs et les pêcheurs qui cristallisent des transferts intergénérationnels
- Les personnes à valeur nette élevée qui vendent des positions boursières concentrées ou de l'immobilier de placement
- Les sociétés de portefeuille et les SPCC qui réalisent des gains de placement, qui auraient été touchées par le taux de 66,67 % sur la totalité des gains, sans seuil
- Les fiducies et les successions qui liquident des comptes imposables
Pour un investisseur avec un REER, un CELI, un CELIAPP et un petit compte non enregistré, l'annulation est surtout une bonne nouvelle procédurale : elle confirme que les règles habituelles continuent de s'appliquer.
Qu'en est-il des réorganisations antérieures
L'un des angles les plus délicats de l'annulation est son effet sur les Canadiens qui ont cristallisé des gains en 2024 pour verrouiller le taux de 50 % avant la date d'entrée en vigueur proposée. Certains ont vendu des actions, certains ont utilisé des choix pour majorer le coût fiscal des actifs, et certains ont réorganisé des structures de sociétés de portefeuille. Après l'annulation, ces cristallisations restent imposables même si la proposition à l'origine de la décision n'est jamais devenue loi.
Le ministère des Finances n'a pas annoncé de régime de redressement pour ces déclarants. La position de l'ARC est que les dispositions complétées sont maintenues. Si vous avez mis en place une stratégie en 2024 expressément en raison du changement de taux proposé, c'est un bon moment pour revoir la structure avec un fiscaliste afin de vous assurer que les étapes suivantes ont toujours du sens.
Exemple chiffré : un gain en capital de 400 000 $ en 2026
Prenons un investisseur dont le taux marginal est de 50 % et qui réalise un gain en capital de 400 000 $ sur un placement non enregistré en 2026.
Avec le taux d'inclusion actuel de 50 % : 50 % de 400 000 $, soit 200 000 $, s'ajoutent au revenu imposable. À un taux marginal de 50 %, l'impôt est de 100 000 $.
Selon la proposition annulée : Les premiers 250 000 $ auraient été inclus à 50 %, contribuant 125 000 $ au revenu imposable. Les 150 000 $ restants auraient été inclus à 66,67 %, contribuant environ 100 005 $. Le revenu imposable total aurait été d'environ 225 005 $, et l'impôt à 50 % aurait été d'environ 112 502 $.
Effet net : l'annulation représente environ 12 500 $ d'impôt épargné sur ce seul gain de 400 000 $. Pour les gains réalisés dans une société, où la proposition aurait appliqué l'inclusion à 66,67 % sur chaque dollar sans seuil, l'économie aurait été encore plus importante.
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Et après : un futur gouvernement pourrait-il réintroduire la hausse
La loi fiscale est fixée par le Parlement, et un futur gouvernement pourrait toujours réintroduire un taux d'inclusion plus élevé. Aucun signal du gouvernement actuel n'indique que la question est sur la table. Tout retour à cette idée serait vraisemblablement soumis au même débat législatif que la proposition initiale, et les fiscalistes surveillent les consultations prébudgétaires.
L'enseignement pratique pour 2026 est que le taux d'inclusion de 50 % doit être considéré comme la règle opérationnelle pour au moins l'année d'imposition courante. Plusieurs Canadiens dans cette situation choisissent d'étaler leurs réalisations dans le temps plutôt que de tenter de chronométrer les changements de politique, ce qui lisse l'exposition au taux marginal et évite les ventes forcées.
FAQ
Le taux d'inclusion des gains en capital est-il de 50 % ou de 66,67 % en 2026 ?
Il est de 50 %. La proposition de le porter à 66,67 % au-delà de 250 000 $ de gains personnels (et sur la totalité des gains des sociétés) a été officiellement annulée le 21 mars 2025.
L'annulation s'applique-t-elle aux gains réalisés en 2024 et 2025 ?
Oui. Comme le taux proposé n'a jamais reçu la sanction royale, aucun gain n'a jamais été imposable en vertu de cette règle. L'ARC a renversé sa position administrative pour que les déclarations de 2024 et 2025 soient administrées au taux de 50 %.
Puis-je demander un remboursement si j'ai payé en trop sur la base de la proposition ?
Si vous avez produit une déclaration 2024 ou 2025 avec le taux d'inclusion plus élevé (en raison de la position administrative provisoire de l'ARC), l'ARC traite les rajustements. Une revue professionnelle de votre déclaration est la bonne avenue si vous soupçonnez un paiement en trop.
La bonification de l'EGCV a-t-elle été conservée ?
Oui. L'EGCV a été portée à 1 250 000 $ pour les actions admissibles de petites entreprises et les biens agricoles ou de pêche admissibles, avec indexation à l'inflation pour les années à venir.
L'exonération pour résidence principale s'applique-t-elle encore ?
Oui. L'exonération pour résidence principale est indépendante du taux d'inclusion et continue de s'appliquer aux gains sur une résidence principale admissible. La déclaration sur l'annexe 3 reste obligatoire.
Y a-t-il des changements quant aux pertes en capital ?
Non. Le taux d'inclusion de 50 % s'applique de façon symétrique : la moitié d'une perte en capital constitue une perte admissible, déductible des gains en capital imposables de l'année, ou reportable sur les trois années précédentes ou indéfiniment dans le futur.
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