Fiscalité · 9 min de lecture · · Par

Comment les dividendes sont imposés au Canada : déterminés et non déterminés

Un dividende de 10 000 $ d'une société canadienne et 10 000 $ d'intérêts de CPG arrivent dans votre compte de façon identique. Après impôt, ils ne se ressemblent pas du tout. En Ontario, à un revenu de 80 000 $, le dividende coûte environ 639 $ et les intérêts environ 2 965 $. L'écart vient d'un mécanisme en deux parties que la plupart des Canadiens ne voient jamais, et d'un seul mot sur votre feuillet T5 qui détermine laquelle des deux versions s'applique.

Le problème que le système cherche à régler

Un dividende canadien provient d'un profit sur lequel la société a déjà payé de l'impôt. Si vous étiez ensuite imposé sur ce dividende à votre plein taux personnel, le même dollar de revenu serait imposé deux fois : une fois dans la société et une fois entre vos mains.

Le Canada règle cela avec un mécanisme appelé intégration. L'objectif : qu'un dollar gagné par une société et versé à vous finisse imposé à peu près au même taux total qu'un dollar que vous auriez gagné directement. Cela fonctionne en deux étapes qui n'ont de sens qu'ensemble.

Étape un : la majoration

Avant d'entrer dans votre revenu imposable, le dividende est gonflé, ou majoré. Les dividendes déterminés sont majorés de 38 %, les non déterminés de 15 %. Le montant majoré estime ce que la société a gagné avant de payer son propre impôt.

Un dividende déterminé de 10 000 $ ajoute donc 13 800 $ à votre revenu imposable, pas 10 000 $. Un dividende non déterminé de 10 000 $ en ajoute 11 500 $.

Pris isolément, cela ressemble à une pénalité, et c'en est une. Cela ne prend son sens qu'avec l'étape deux.

Étape deux : le crédit d'impôt pour dividendes

Vous demandez ensuite deux crédits non remboursables, un fédéral et un provincial, chacun calculé comme un pourcentage fixe du montant majoré. Au fédéral, c'est 15,0198 % pour les dividendes déterminés et 9,0301 % pour les non déterminés.

Le taux provincial dépend de votre province et l'écart est large. La Colombie-Britannique accorde 12 % sur les dividendes déterminés, l'Ontario 10 %, Terre-Neuve-et-Labrador 6,3 %. Deux personnes aux revenus et aux portefeuilles identiques peuvent payer un impôt nettement différent sur le même dividende, simplement à cause de la province inscrite sur leur déclaration.

Les crédits réduisent votre impôt total, pas seulement l'impôt sur la ligne du dividende. Cette distinction compte plus qu'il n'y paraît : c'est pourquoi les taux marginaux publiés sur les dividendes déterminés peuvent être très bas, voire négatifs, aux revenus modestes. Le crédit est assez gros pour abriter aussi une partie de vos autres revenus.

Déterminés ou non déterminés : un mot, une grosse différence

Les deux types existent parce qu'ils proviennent de revenus imposés à des taux corporatifs différents.

Les dividendes déterminés viennent d'un revenu de société imposé au taux général. Plus d'impôt corporatif a déjà été payé : la majoration et le crédit sont donc plus élevés et votre impôt personnel plus bas. Presque tous les dividendes des sociétés publiques canadiennes inscrites à la Bourse de Toronto sont déterminés.

Les dividendes non déterminés, parfois appelés dividendes ordinaires, viennent d'un revenu ayant profité de la déduction accordée aux petites entreprises. Moins d'impôt corporatif a été payé : la majoration et le crédit sont plus petits et vous payez plus. Si vous détenez une société privée sous contrôle canadien et vous versez des dividendes, ce sont habituellement ceux-là.

Votre feuillet T5 les sépare : cases 24 et 25 pour les déterminés, cases 10 et 11 pour les non déterminés. Les logiciels d'impôt lisent les cases automatiquement, ce qui explique précisément pourquoi la plupart des gens ne remarquent jamais la mécanique.

Un exemple chiffré : Ontario, 80 000 $ d'autres revenus

Elena gagne 80 000 $ de son emploi et reçoit 10 000 $ de dividendes déterminés d'actions de banques canadiennes dans un compte non enregistré. Voici ce qui se passe sur sa déclaration 2026.

Le dividende

Les 10 000 $ sont majorés de 38 % à 13 800 $, ajoutés à son revenu imposable, qui passe de 80 000 $ à 93 800 $.

À sa tranche, l'impôt fédéral sur ces 13 800 $ atteint environ 2 829 $ et l'impôt ontarien environ 1 263 $.

Elle demande ensuite le crédit fédéral pour dividendes de 15,0198 % de 13 800 $, soit 2 073 $, et le crédit ontarien de 10 % de 13 800 $, soit 1 380 $.

Au fédéral, il lui reste environ 756 $ d'impôt. En Ontario, le crédit de 1 380 $ dépasse les 1 263 $ d'impôt provincial sur le dividende : le surplus réduit plutôt l'impôt ontarien sur son salaire. Net des deux paliers, le dividende lui coûte environ 639 $, un taux effectif d'environ 6,4 %.

Le même montant de trois autres façons

Reçu commeImpôtVous conservezTaux effectif
Dividendes déterminés639 $9 361 $6,4 %
Dividendes non déterminés2 028 $7 972 $20,3 %
Intérêts ou salaire2 965 $7 035 $29,7 %

Les mêmes 10 000 $, trois réponses, un écart de 2 326 $ entre le meilleur et le pire résultat. Le salaire est encore pire que ce qui est affiché, puisqu'il entraîne aussi des cotisations au RPC et à l'AE que les intérêts n'ont pas.

Vous pouvez faire vos propres calculs, province et revenu compris, dans le calculateur d'impôt sur les dividendes.

Ce que la majoration vous coûte discrètement

Voici la partie qui piège les retraités, et c'est le détail le plus coûteux de cet article.

C'est le montant majoré, et non l'argent reçu, qui figure dans votre revenu net. Plusieurs prestations calculées selon le revenu s'appuient sur ce revenu net, et surtout, elles sont calculées avant l'application de tout crédit d'impôt. Le crédit pour dividendes ne renverse rien.

La récupération de la Sécurité de la vieillesse, l'Allocation canadienne pour enfants, le crédit en raison de l'âge, le crédit pour la TPS/TVH et diverses prestations provinciales se mesurent tous à un chiffre que la majoration a fait monter. Pour quelqu'un près du seuil de récupération de la SV, 10 000 $ de dividendes déterminés ajoutent 13 800 $ au revenu servant au calcul, même si seulement 10 000 $ sont entrés au compte.

Cela peut transformer une source de revenu apparemment avantageuse fiscalement en source coûteuse. Il vaut la peine de le vérifier avant de réorienter un portefeuille de retraite vers les payeurs de dividendes canadiens.

Où placer les dividendes

Deux règles couvrent la plupart des situations.

Les dividendes canadiens sont le type de revenu le plus avantageux fiscalement dans un compte non enregistré. Si quelque chose doit se trouver dans un compte imposable, les payeurs de dividendes canadiens sont un candidat raisonnable, justement à cause du crédit.

Sauf si la majoration vous coûte une prestation. Si vous êtes près d'un seuil de récupération de la SV ou que vous recevez des prestations calculées selon le revenu, détenir les mêmes actions dans un CELI élimine d'un coup la majoration, le crédit et le problème de revenu net.

Une exception à connaître : les dividendes américains et étrangers n'ont ni majoration ni crédit. Ils sont imposés comme un revenu ordinaire à votre plein taux et subissent habituellement une retenue d'impôt étranger en plus. Le crédit d'impôt pour dividendes vise uniquement les sociétés canadiennes.

En résumé

  • Les dividendes canadiens sont majorés (38 % déterminés, 15 % non déterminés), imposés à vos taux ordinaires, puis réduits par un crédit fédéral et un crédit provincial.
  • Les dividendes déterminés coûtent nettement moins d'impôt que les non déterminés, et les deux coûtent bien moins que les intérêts.
  • La majoration gonfle le revenu net, ce qui touche les prestations calculées selon le revenu avant tout crédit.
  • Le crédit provincial varie beaucoup : votre province change la réponse.

Faites vos propres calculs

Entrez votre province, votre revenu et vos montants de dividendes pour voir la majoration, les deux crédits, votre taux marginal sur chaque type de dividende et la comparaison avec le même montant reçu en intérêts.

Ouvrir le calculateur d'impôt sur les dividendes →